La Notitia Dignitatum réunit des listes de dignités civiles et militaires, de services, d’unités et de lieux, accompagnées d’illustrations. Issus de différentes périodes de l’Antiquité tardive, ces matériaux sont organisés dans un livre qui donne à voir les deux parties de l’Empire au sein d’une même architecture. Leur réunion invite à interroger les réalités administratives qu’ils documentent et la représentation de l’ordre impérial produite par l’œuvre.
Comment passer de ces listes et de ces images à une compréhension des lieux, des pouvoirs et des territoires qu’elles mettent en relation ? Cette question guide la conception de FORMA DIGNITATUM.
Le parcours dans le portail s’organise autour des notices et des liens entre dignités, services, unités et lieux. Chaque dossier rassemble les lectures manuscrites, les illustrations, les propositions d’identification et les témoignages extérieurs qui permettent de les discuter. L’utilisateur passe de la structure du document à sa cartographie, avec des recherches par dignité, unité, territoire ou toponyme.
Un point sur la carte représente l’aboutissement d’une enquête dont le portail expose les étapes : nom transmis, identification proposée, indices du rapprochement. Les notices distinguent l’attestation textuelle, l’identification moderne et la documentation du site. Elles conservent les localisations concurrentes et leurs arguments.
La chronologie fait l’objet d’une attention particulière. La date d’un renseignement administratif, celle de la constitution des dossiers et celle de la mise en forme du livre illustré relèvent de questions distinctes. Une source extérieure peut attester une unité sans confirmer sa présence au même endroit et au même moment que dans la Notitia. Les décalages, doublons et discordances sont documentés comme des indices de l’histoire de l’œuvre.
Nous ne possédons ni le livre antique ni le Codex Spirensis, manuscrit perdu autour duquel s’organise la transmission connue. Les copies conservées portent la trace d’opérations de reproduction et parfois de transformation. Chaque lecture et chaque illustration sont rattachées à leur témoin. Les éditions critiques, notamment celle d’ Eduard Böcking, Otto Seeck et de Concepción Neira Faleiro, sont utilisées avec leur apparat pour rendre accessibles les variantes et les choix éditoriaux.
Les images sont étudiées comme des représentations de l’autorité impériale ayant leur propre histoire de transmission. Leurs signes, leur disposition et leurs différences éclairent la mise en scène des dignités ou les interventions des copistes et des enlumineurs. Leur comparaison avec les listes permet d’interroger la fonction du livre et la possibilité d’y voir une représentation idéelle de l’Empire.
Le contexte des années 437–438, marqué par le rapprochement dynastique des deux cours et la réception du Code Théodosien en Occident, constitue l’une des pistes à explorer pour comprendre la mise en forme finale illustrée. Cette hypothèse reste à éprouver et ne préjuge pas de la date des renseignements réunis dans l’œuvre.
Financée par le programme « Structurants » de la Maison européenne des Sciences de l’Homme et de la Société (MESHS) pour la période 2026-2028, la preuve de concept s’articule autour de la Grande-Bretagne, du Litus Saxonicum, du Tractus Armoricanus et de la Belgique seconde pour l’Occident ; de la Dacie ripuaire, de la Mésie seconde et de la Scythie pour l’Orient. Ces espaces témoins permettent d’éprouver une méthode commune sur des situations documentaires contrastées. Des échanges avec d’autres partenaires scientifiques sont en cours pour élargir le corpus à l’Italie et intégrer un espace témoin méditerranéen à la comparaison.
La collaboration complémentaire avec le projet Living Notitia contribue au travail préparatoire sur le corpus et les lieux. Les ressources partagées sont vérifiées et confrontées aux variantes manuscrites et aux autres sources.
Équipe et contributions (confirmées) :
• Dominic Moreau — Université de Lille, UMR 9028-HARTIS : co-portage scientifique ; institutions impériales et monde frontalier dans l’Antiquité tardive — dominic.moreau@univ- lille.fr.
• Sylvain Janniard — Université de Tours, UMR 6298-CeTHiS : co-portage scientifique ; armée romaine et topographie militaire dans l’Antiquité tardive — sylvain.janniard@uni-tours.fr
• Christophe Batardy — UMR 8546-AOrOc, CNRS : cartographie et développement du WebSIG.
• Stéphane Benoist — Université de Lille, UMR 9028-HARTIS : représentations du pouvoir impérial.
• Rob Collins — Université de Newcastle : frontières romaines de Grande-Bretagne.
• Oleg Aleksandrov — Université St Cyrille et St Méthode de Veliko Tarnovo : camps militaires du Bas-Danube.
• Patrice Herbin — Département du Nord, UMR 7041-ArScAn : identification et documentation des sites régionaux.
• Armelle Masse — Forum antique de Bavay, UMR 9028-HARTIS : documentation archéologique et valorisation.
• Olof Hesselmark — projet Living Notitia : partage de données géographiques et du texte structuré en XML.
Institutions partenaires et/ou financeurs :
Université de Lille
UMR 9028-HARTIS
Université de Tours
UR 6298-CeTHiS
UMR 8546-AOrOc
Maison européenne des Sciences de l’Homme et de la Société (MESHS)




